Il s'agit d'une erreur non pas d'exécution mais de rédaction et de sens.
Quelques mots pour m'exprimer sur ce qui me semble comme une bonne décision de la part de la direction de Nova Radio :
Certains me connaissent, d’autres pas. Je suis noir, américain et publicitaire. La pub je la connais. L’histoire du peuple noir aussi.
Avant d’aller plus loin, sachez que je n'ai jamais été partisan de l'idée « désporgeienne » qu'on peut rire de tout mais pas avec tout le monde". Je m'excuse du peu, mais il y a des sujets qui ne se permettent pas un détournement aussi grotesque et un traitement rédactionnel aussi peu habille : la violence conjugale, le Shoah, la pédophilie… et j’en passe. Est-ce grave ? Non. C’est souvent grâce aux erreurs faites que les gens se parlent et que les choses avancent. Est-ce bien que la direction de Nova ait retiré le film ? Oui. Ce n'est pas tant la "violence" des images et des sons qui est choquante. Certes on a vu pire. Ce n'est pas non plus l'idée de base, que les origines du blues sont intimement liées à l'histoire de l'esclavage et la traite des noirs. Je note par ailleurs que l’exécution visuelle et sonore du spot sont quasi parfaites. Non, ce qui est choquant avec cette pub est bien plus profond que cela. Il s'agit d'une erreur non pas d'exécution mais de rédaction et de sens. Il s’agit d’une méconnaissance voir ignorance de l’histoire du peuple noir et d’un manque de sensibilité malheureusement trop répandu de nos jours. (…)
Ce qui est choquant c'est que cette campagne occulte des faits qui sont inoubliables, pour nous, hommes et femmes noirs dont certains, comme moi, sommes originaires des Etats Unis .
Ce qui est choquant est qu'on se permet de se moquer de plus de 400 ans de traits de noirs et d'esclavagisme et des centaines d'années d'oppression et de souffrance subit par les noirs partout dans le monde.
Ce qui est choquant, c'est que les liens que nous, hommes et femmes noirs d'aujourd'hui, avons avec nos ancêtres -africains, anciens esclaves et affranchis opprimés- sont une fois de plus ridiculisés et traités au « deuxième degré »!
"Une chose est sûre, ce sont bel et bien les blancs qui sont à l'origine des blues."
Ce n'est ni drôle, ni vrai. Ce ne sont pas les blancs qui sont à l'origine du blues. Un tel propos est quasi révisionniste, à mon avis.
Récrivons cette phrase pour que toute la vérité et tout le sens prennent forme : « Une chose est sûre, c’est A CAUSE DES BLANCS que les noirs ont créé le blues. »
Certes, sans les blancs, et leurs 400 ans de traite de noirs, le blues tel que n'existerait pas. Cela dit, est-ce qu'on peut se permettre de se féliciter d'un tel accomplissement ? Peu importe la qualité de l’exécution, est-ce qu’on peut traiter au deuxième degré de tels actes dont les effets aujourd’hui même font tant de mal dans le monde ? Est-ce qu’on peut revisiter, voire récrire le passé avec une telle désinvolture. Est-ce qu’on peut se moquer de l’histoire, que nos ancêtres à nous ont vécue. Une histoire qui de plus est une partie intime de qui nous, hommes et femmes noirs, sommes aujourd'hui?
Pour ma part, je dis, « Non ».
Voici ce qu’il faut comprendre :
A l’origine du blues est une choque de cultures et de civilisations mêlé d’une violence extrême et dont les retentissements se font sentir toujours.
À l’origine du blues sont des centaines de millions de noirs, enlevés de force, transportés en Europe et aux Amériques, vendus et battus.
Ce sont eux qui ont créé le blues. C'est leur histoire, leur souffrance, leurs peines et pertes qui sont à l'origine d'une musique qui aide des gens de toute couleur, toute origine et toute histoire à supporter une vie souvent difficile.
Voilà ce que la direction de Nova a compris. Toute à leur honneur !
Voilà ce que j’espère que vous, les blancs qui s’offusquent de cette décision, comprendriez.